La cabine d’essayage ou l’instant de vérité

À la voir se contorsionner pour sortir du mini cubicule faisant office de cabine d’essayage, je me suis dit : « Ce n’est pas vrai! »
Dans un espace aussi réduit, comment a-t-elle pu enfiler cette jupe fourreau dont l’ouverture sur un côté laisse voir le galbe d’une jambe lourde et gonflée.
Je parie que ces isoloirs ont été dessinés par un architecte habitué à garer sa voiture japonaise. Heureusement, une draperie remplace la porte accordant à l’essayeuse une certaine liberté de mouvement.
Précisons que nous ne sommes pas chez Winners ou chez
Wal*Mart. Nous sommes bel et bien dans une boutique branchée, fréquentée par des dames d’un certain âge, aux cheveux blond cendré, pour ce qui reste de ceux-là. Les chéries sont bien en chair. Ma mère dirait grassouillettes. Comble de chance, elles sont les épouses de professionnels, d’industriels ou de cadres nouvellement retraités.
Aux saisons, c’est un rituel. Sur invitation adressée à la précieuse clientèle, celle-là s’amène renouveler sa garde-robe.
Sachant que les précieuses conjuguent magasinage et sortie mondaine, un salon de thé grand comme un mouchoir, mais fort sympathique est à leur disposition. Petit doigt levé, on y déguste, tisanes aux noms enchanteurs dans de jolies tasses « Bone China made in England » signées Wedgwood ou autres du genre. Il y a toujours les irrésistibles petits fours légers comme l’air pour agrémenter la conversation.
Dans cette enclave, propice à la confidence, se règle le sort des veuves esseulées et les intrigues amoureuses qui flottent dans l’air. On chuchote des noms, on parle divorce, maîtresses et amants et pension alimentaire.
Sachant aussi qu’elles sont nombreuses à ne pas conduire le bolide conjugal, on a donc aménagé pour ces messieurs, en disponibilité, il s’en trouve, grâce à Dieu un discret petit refuge garni de cossus fauteuils de cuir et de tables jonchées de magazines convenant à leur statut : Fortune, Actualité, Time, etc.
Jusque-là, tout va bien. Madame est dans son monde, Monsieur, dans le sien.
Chez les moitiés en attente, les maris, il s’en trouve toujours un, n’écoutant que sa curiosité ou le poids de la carte bancaire, qui a l’audace de s’introduire inopinément là où les acheteuses tentent à tout prix de trouver chaussure à leur pied, c’est-à-dire la taille qui convient; précisément là où sont élégamment disposés : tailleurs griffés, chemisiers couturiers et carrés de soie signés.
Revenons à notre cliente ou mieux à notre ex-sirène. Ce jour-là, le fureteur de mari, c’est le sien, le chauffeur de madame. Et moi, pauvre de moi, j’assiste à une scène qui me stupéfait et m’attriste profondément.
Au moment où la légitime apparaît, après avoir réussi, cette fois, à enfiler un corsage de soie assortie à une jupe portefeuille, le hasard veut que le Seigneur et maître soit là, flanqué devant la cabine d’essayage.
La sortie triomphale de notre acheteuse se transforme en cauchemar, à l’instant même où le cruel miroir lui renvoie la vérité, toute la vérité.
Il n’y a pas que la jambe dégagée qui accroche le regard. Il y a aussi les avants-bras que le temps a ramollis et rendus flasques,
Pourtant me dis-je, les vendeuses sont aguerries. Elles ont l’habitude de se voir confier les restes de l’âge et les malheureux kilos en trop accumulés au fil des ans. Elles savent proposer les trompe-l’œil.
Les yeux braqués sur la glace, complètement décontenancée à la vue de son image, la pauvre se tourne carrément vers l’homme de sa vie, pour connaître son opinion.
«Çà va! » marmonne monsieur le juge, le regard évasif.
Les sanglots dans la voix, notre mannequin taille plus lance un : « Tu ne me vois pas? Regarde l’allure que j’ai! Je déborde de partout! Tu oses me dire que ça va! »
Ne sachant plus sur quel pied danser et à quel saint se vouer, l’homme hausse les épaules, se tourne vers la vendeuse ne trouvant rien de mieux à dire que : « Mon Dieu que les femmes sont agressives de nos jours! »
Estomaquée, je me dis : ou bien il la voit à la manière de Saint-Exupéry « Avec les yeux du cœur » ou alors il se fout complètement de l’allure qu’a sa bobonne.

10 commentaires sur “La cabine d’essayage ou l’instant de vérité

  1. …Pour réparer des ans l’irréparable outrage…
    La vieillesse est un naufrage, c’est pourquoi il est important de savoir nager avant de tomber du bateau.
    Un visage ridé peut avoir du charme, un visage lifté, jamais !
    Pépère accompagne madame, il peut reluquer les jolies vendeuses!
    A bientôt…

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  2. bravo crabillou vous ne vous moquez pas des rides moi je dis qu’l faut vivre avec c’est le charme des ans et beaucoup plus joli qu’un visage tire qui ne montre plus aucun sentiment
    gardez vos rides vous etes si jolies
    amicalement jacqueline

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  3. faut pas non plus abuser de ses rides
    à mon avis le gars  » s’en fout »!
    vous devriez écrire plus souvent
    amtiés d’ un blogueur « en congé »

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  4. Bonjour, les rides…pfffffuiit par dessus bord…je préfère les rides aux vieilles peaux tirées…le charme est au naturel…et les regards inquisiteurs ne sont qu’en sursi, alors vivons avec notre temps et notre aspect, et sans complexe.
    Continuons à nous regarder vivre…
    Bises de Jean Claude

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  5. le poids des années est valable pour tous.
    je suis d’accord pour dire que les rides sont souvent, plus jolies,que les masques que reproduisent certains chirurgiens,
    si cette dame ce trouve, trop grosse,qu’elle fasse un petit régime,
    ce monsieur en à certainement rien à faire,et il doit l’entendre à longeur de journée,cette reflexion….et raz bol des nénettes qui veulent encore en avoir 20.
    moi à la place du monsieur je lui ferai prendre un taxi!
    Ma reflexion est aussi valable pour les « vieux »,qui ce croient encore en 1968
    bonne journée
    mone

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  6. C’est bien écrit,c’est aéré,ça tient bien au corps,un peu juste pour la mamie peut être,j’aime bien le québec comme celui-ci bises d’un forezien du milieu de la france.

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