Manon, savez-vous qui c’est. Manon c’est la mignonne poupée « Made in » Franche-Comté, « fait main » corps et âme par Catherine sur son tour à bois, couverte de vêtements griffés : Charlotte et Françoise.
C’est la Manon qui était heureuse quand je lui ai lu la note de Brigitte nous invitant à la prochaine bloguinade en 2012. Je lui ai promis de l’amener.
Avouons que ce n’est pas aisé pour une poupée de bois de se couper de ses racines et d’entrer dans un pays d’adoption. De penser qu’elle ne reverra peut-être jamais sa françoise et son Gigi. Qui sait? De regarder pour la dernière fois parents et amis, sa chambre, le jardin, le cabanon de la bloguinade qui renferme des trésors.
Les adieux, ça tire les larmes. Il fallait la voir recroquevillée sur elle-même lorsque je l’ai glissée tendrement dans mes bagages.
Ce n’est pas simple d’arriver dans un ailleurs inconnu. De se sentir étrangère, de ne reconnaître personne, d’avoir à se familiariser, à s’intégrer, à se perdre, à se retrouver. On a beau fredonner Duteuil et « sa langue de chez nous » on ne saisit pas toujours les expressions.
Permettez que j’ouvre une parenthèse et vous raconte :
-que cherches-tu Manon? Lui demandai-je un matin
– Je cherche une barre.
– Une barre pour quoi?
-Tu m’as demandé de barrer la porte.
L’autre jour, je la vois avancer à petits pas, les jambes croisées cherchant désespérément les indications qui la conduiraient aux WC. Vous saurez qu’heureusement, je devinais son besoin urgent. Je l’ai donc amenée à la toilette.
Il y a des jours où je l’entends sangloter. Elle veut retourner à Roset Fluant, revoir son patelin, ses copines les « têtes dures ». J’ai beau lui répéter que je l’aime de tout mon cœur, que bientôt elle se fera tout plein d’amies. Qu’elle viendra skier avec nous, et fera parti de l’équipe des têtes de pioche, rien à faire. Elle a la nostalgie de son pays la Franche-Comté.
Le Ketchup sur les frites, le beurre de peanut sur les toasts, la meilleure poutine au monde ne lui disent rien. J’ai beau m’évertuer à lui répéter que même la svelte Barbie est une adepte de la poutine, ça ne lui donne pas envie d’en manger.
Non, ce n’est pas facile pour une poupée de bois de prendre racine dans un pays de neige et de froidure, dans un pays de contrastes où les oliviers ne poussent pas, où la lavande se fait rare. La petiote a beaucoup de croûte à manger avant de savourer nos quatre saisons, les copains, les amis d’ici et d’ailleurs et de se sentir chez elle, chez nous.
À la nouvelle de la bloguinade chez Brigitte, sachant qu’elle sera du voyage, ses yeux sont devenus très brillants et je l’ai vu sourire. Elle m’a même demandé, pour la première fois, la permission de nourrir le faon qui attendait devant l’auge.
Pour les besoins de la cause, l’homme s’est fait cordonnier et a remis en place le soulier perdu en chemin.
En suivant Manon du regard, j’ai pensé à cette célèbre citation:
« Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer..? »
