Votre mère vous l’a répété mille fois : « On ne peut pas dire n’importe quoi à n’importe qui ». Votre mère savait de quoi elle parlait. Sa philosophie ou sa façon de voir les choses relevait de sa sagesse acquise à force d’expériences concluantes.
Pour vous donner la preuve que votre mère avait raison, je vous raconte.
En sortant ma poubelle (le mercredi c’est jour de collecte) coïncidence, ma voisine est dehors et s’apprête à partir. C’est sa journée de bridge. J’admire cette dame et son noble passe-temps, exigeant énormément de concentration, d’observation et de réflexion.
En me voyant tituber légèrement, elle me demande ce qui m’arrive.
Ce n’est rien, lui répondis-je. Candidement, je lui annonce que j’ai pris une embardée en ski. C’est-à-dire, qu’en essayant d’éviter une roche grosse comme ma tête, je me suis retrouvé sur une plaque de glace deux fois ma longueur, pour ensuite dévier de mon parcours, poursuivre allègrement ma descente à cloche-pied, tentant désespérément de reprendre ma position d’équilibre. Je ne l’ai jamais retrouvée. Vous avez compris. Il n’en fallait pas plus…
« Je ne te comprends pas. – me dit la Sage – tu ne devrais plus faire du ski à ton âge. Tu risques de te blesser. Ce n’est pas sage. Cesse de te conduire comme une jeune. Tu oublies que tu n’as plus 20 ans. Ce n’est plus pour toi. Tu devrais être prudente. »
Pour ne pas être en retard à son rendez-vous, la dame cesse son boniment, monte dans sa voiture, et me fait un petit au revoir de la main.
Avant même que ma bridgeuse tourne le coin de la rue, j’ai un appel sur mon cellulaire. Micheline, ma copine de ski. « Comment vas-tu? Tu n’as pas trop mal, j’espère? Ils annoncent beau demain, on se retrouve à la montagne? »
Pourquoi pas!
Votre mère avait raison, « on ne peut pas dire n’importe quoi à n’importe qui. Si elle était encore de ce monde, votre petite maman, dirait plutôt comme vous : « Ce n’est pas la vieillesse qui nous fait le plus vieillir, ce sont les autres. »

